L’atteinte aux symboles hongrois en Roumanie n’aurait rien à voir avec Schengen

Les Hongrois de Roumanie viennent d’apprendre trois mauvaises nouvelles, coup sur coup, en ce début de semaine. La première, dans l’ancienne province hongroise de Transylvanie, touche à un symbole historique, une des trois fêtes nationales hongroises ; la seconde provient d’un acte de vandalisme contre leur ambassade à Bucarest. Mais attention, ces deux nouvelles ne peuvent pas être liées à la troisième, qui n’est autre que le report récent de l’entrée de la Roumanie dans l’espace Schengen… Car s’il y a bien un partenaire des Roumains qui est pour leur entrée dans Schengen, et qui compte travailler dur à cet effet face aux vetos de la France et de l’Allemagne, c’est bien la Hongrie, qui vient tout juste de commencer à présider l’Union Européenne pour 6 mois.

Le report de l’entrée dans l’espace Schengen de la Roumanie contrarie forcément la Hongrie

Janos Martonyi au CAPE, à Paris, le 10 janvier 2011 crédit photo : hu-lala.org (DR)

Comme l’a déclaré le ministre des Affaires Etrangères Janos Martonyi lundi matin au Club Grande Europe à Paris, « les relations entre la Hongrie et la Roumanie (comme avec la Serbie d’ailleurs) n’ont jamais été aussi bonnes qu’en ce moment« . Et de poursuivre : « Cependant, les ministres de l’Intérieur français et allemand ont envoyé un message très clair : ils ne veulent pas des Roumains et des Bulgares dans Schengen. La souplesse de la part de notre présidence sur ce sujet sera donc très importante. Car il faudra bien trouver un compromis. Ceux qui remplissent les critères de l’entrée dans Schengen doivent rentrer un jour ou l’autre. Les Roumains les ont déjà remplis, les Bulgares, pas encore. » (Propos recueillis par François Gaillard – HU-lala).

Ce n’est donc pas un secret, la Hongrie souhaite se débarrasser le plus vite possible de la responsabilité des frontières de l’espace Schengen sur sa partie orientale. Il convient cependant de rappeler, dans un premier temps, que l’entrée des Roumains dans Schengen ne peut se faire qu’avec celle des Bulgares. Aussi, selon plusieurs diplomates européens, l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à Schengen en mars 2011 ne serait pas possible à cause notamment du rapport d’évaluation négatif sur le contrôle de la frontière bulgare avec la Turquie.

Quant au veto des Français, plus exactement celui de Nicolas Sarkozy et son ami Brice Hortefeux, il se base sur un point de vue contraire à celui des Hongrois. Il y a bien sûr le spectre populiste d’une « invasion barbare » de Roms venus de Roumanie et de Bulgarie qu’ils veulent retarder le plus possible (la liberté de circulation des Roumains et des Bulgares dans l’UE  restant étroitement contrôlée aux frontières, et l’obtention des Visas étant différente de celle des autres pays), mais pas  seulement. Diplomatie européenne oblige, on invoque plutôt les problèmes de systèmes judiciaires de corruption dans ces deux pays. Pas la peine de rappeler aux Roumains les affaires de corruption qui sortent régulièrement en France, donc, pour les faire rire jaune.

Du côté des officiels roumains et du président Traian Basescu, on se dit très peiné et choqué, estimant que le problème n’était pas « le retard de quelques mois de l’entrée dans l’espace Schengen (…) mais l’acte en soi, qui est un abus » (propos rapportés par LPJ Bucarest). « Ou bien nous sommes des partenaires égaux ou bien nous ne le sommes pas ! Cette décision, qui est un précédent, institue un directorat qui décide au sein de l’UE, et ça, c’est inacceptable« , a ajouté le Président roumain.

Le 15 mars hongrois ne se fête plus en Transylvanie

En Transylvanie, plusieurs municipalités sont désormais obligées de revenir sur leur décision de proclamer le 15 mars, jour de commémoration de la guerre d’indépendance hongroise de 1848-49, comme jour de fête. Raison invoquée par les autorités roumaines : une telle décision relève de la compétence du Parlement roumain. Une chose est sûre cependant, cette brimade ne peut pas s’inscrire dans la déception de la Roumanie de ne pas entrer dans l’espace Schengen en mars prochain, comme c’était prévu.

Des croix gammées sur l’ambassade de Hongrie à Bucarest « un acte isolé » selon l’ambassadeur

A prendre plus dans le sens d’un simple fait divers, la police a saisi le procureur du tribunal de Bucarest en vertu des lois interdisant les organisations et les symboles à caractère fasciste, raciste ou xénophobe après avoir constaté un acte de vandalisme commis sur l’ambassade de Hongrie lundi matin. Inscrits sur le portail de l’ambassade de Hongrie à Bucarest, une croix gammée et des messages offensifs ont été découverts par le personnel. Selon l’ambassadeur Oszkár Füzes (photo), qui est resté prudent, « il s’agit d’un cas isolé, qui ne représente en aucun cas les relations entre nos deux pays et nous ne devons pas y prêter attention« . (LPJ Bucarest)

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