Derniers jours avant la probable fermeture du centre culturel Tűzraktér

Par Antoine Bouffard

En raison de l’augmentation du loyer décidé par la mairie du VIème arrondissement de Budapest, le centre culturel Tűzraktér risque de fermer ses portes à la fin de la semaine prochaine. Une ultime journée de soutien est organisée ce vendredi.

La cour intérieure de Tűzraktér (mohaonline.hu)

Sans déclarer directement la fermeture du centre, la mairie a décidé d’augmenter le loyer de l’Alkotóház Tűzraktér à 3 millions de forints (11 000 €), très loin des 1050 forints symboliques demandés jusqu’alors ! Une évolution que la mairie du 6ème justifie par son projet de lutte contre la vétusté des bâtiments mis en place en réponse à la tragédie de West Balkan au mois de janvier. La maison de création artistique risque donc de fermer ses portes très prochainement si aucune aide n’est apportée ou si la mairie n’accorde pas un répit à l’association.

En provoquant la fermeture de ce symbole de la « movida hongroise », la mairie du VIème arrondissement cherche-t-elle à encadrer, voire à étouffer la culture alternative et la créativité caractéristiques de la capitale hongroise ? Une journée porte ouverte était organisée lundi afin d’informer la presse : les membres de l’association ont fait visiter les locaux et leurs lieux de travail, puis une table ronde a été organisée pour renseigner les médias locaux sur cette décision que les organisateurs ont du mal à comprendre.

La diversité culturelle en péril

Si en effet, les locaux de cette maison de la culture de 5300 m² ne satisfont pas les standards de sécurité et nécessitent des rénovations, la situation est fort différente du cas de West Balkan : on est loin du bar branché où se réunissent en masse les fêtards. Équipé d’un bar, d’une salle de projection, d’une salle de concerts et de nombreux ateliers et bureaux, les locaux accueillent rarement un nombre important de personnes et la plupart des habitués de Tűzraktér sont des artistes, des confectionneurs et d’autres intéressés prenant des leçons de langue, de musique ou assistant aux nombreux évènements proposés.

Ce lieu, de l’envergure de la Kunsthaus Tacheles de Berlin, menacée aussi de fermeture, est également devenu un lieu « qui attire les touristes« , selon la responsable culturelle Agnes Simor : chaque été, un festival de lutte contre la discrimination accueille de nombreux groupes de musique, troupes de cirque et de théâtre et artistes internationaux. C’est aussi un espace qui offre un programme d’une richesse et d’une diversité rare à Budapest : on peut assister à des séances de cinéma offertes par les différents film-clubs (cinéma turc, art et essai…), à des pièces de théâtre, avec notamment des programmes destinés aux plus jeunes, ainsi qu’à de nombreux concerts, comme par exemple les Jazz Jam Session du mercredi soir.

Une fermeture forcée difficilement compréhensible

Cette fermeture, apparemment inévitable, est d’autant plus incompréhensible que ce lieu de rendez-vous des artistes alternatifs pestois a été gratifié de nombreux prix, reconnaissant ainsi l’apport de ce centre à la ville de Budapest : le prix Pro Urbe lui a été décerné par la ville le 17 novembre dernier, ainsi que de nombreuses reconnaissances : au cours des dernières années, Tűzraktér a reçu prix du ministère du patrimoine national culturel, le prix de l’innovation Euregio, de la fondation Anna Lindh en 2007, ou encore celui de Trans Europe Halles, la fondation des centres culturels indépendants, en 2011. Le centre a de plus présenté un plan à long terme de financement des travaux, a accueilli les experts et architectes qui ont expliqué que le lieu était sûr.

Ce n’est pourtant pas la première fois que l’association se voit contrainte de fermer ses locaux. À l’origine du projet Tűzraktér, l’association créée en 2004  avait établi son centre culturel indépendant Tűzraktár dans des locaux inhabités du 9ème arrondissement, selon les conseils d’un jeune architecte français, Étienne Samin, désirant créer à Budapest des squats comme on peut en trouver en France. Le centre avait dû fermer dès 2007, pour ensuite s’installer dans les locaux actuels. Trouver un autre bâtiment vide similaire ne serait pas le plus dur, mais un nouveau changement de lieu signifierait repartir de zéro, financer de nouvelles rénovations et faire installer l’électricité, ce que l’association composée de seulement 7 membres à plein temps, préfère éviter.

On peut comparer cette situation à celle dans laquelle s’est récemment retrouvé le festival Sziget, menacé lui aussi de devoir annuler sa programmation dû à la mise en place de frais de location de l’île d’Óbudai prohibitifs. La mairie du IIIème arrondissement est ensuite revenu sur sa décision et semble avoir accordé un sursis au festival.

Rendez-vous vendredi pour une ultime journée de protestation

Tűzraktér organise une ultime journée de soutien pour éviter la fermeture du centre avec un défilé en musique vendredi après-midi, suivi d’une soirée agrémentée d’une exposition photo.

L’évènement sur facebook

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2 Commentaire

  1. c’est bien dommage. ils cherchent a imiter les erreurs francaises ? ils cherchent a obtenir une ville policee et fade ?
    ils veulent accentuer le tourisme de vieux et finir comme Prague avec des cars d’etrangers partout mais d’un ennui sideral pour les non retraites ( touristes et/ou habitants) ???

  2. d’accord avec butch, mais en france nous avons aussi fait les mêmes erreurs du côté des lieux : multiplication des lieux de culture et compétition entre eux (je sais de quoi je parle), alors volonté d’institutionnalisation et trouver de l’argent (le joli mythe de la gratuité…) pour en sortir et se faire « voir » donc « avoir du monde » (plus que le voisin evidemment….), et de fil en aiguille, les fameux lieux « underground » se sont « popularisés » et donc institutionnalisés (financés en grande partie par les pouvoirs en place quelque soit leurs étiquettes d’ailleurs – à part les extrêmes -…)
    Bref, on ne peut pas tout avoir, être financé par l’état et vouloir être différent donc ne pas plaire à tout le monde c’est-à-dire à la démocratie soit 50%+1…

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