France 2 hors-sujet sur l’Europe centrale

Mercredi soir au journal télévisé de France 2, David Pujadas et sa rédaction ont une nouvelle fois fait preuve d’une certaine méconnaissance de l’Europe centrale. En quelques secondes, les téléspectateurs ont appris qu’en Hongrie, Gordon Bajnai avait perdu les élections l’an dernier sur le thème de la crise financière. En réalité, l’ancien Premier ministre hongrois qui avait exclusivement été choisi pour assurer l’intérim après la démission de Ferenc Gyurcsány en mars 2009 et jusqu’aux élections législatives d’avril 2010, ne s’était même pas porté candidat.

C’était sans doute une des rares fois où Gordon Bajnai et Robert Fico sont apparus à la télévision française. Malheureusement, le commentaire s’est révélé quelque peu hors sujet.

Lors de son journal, David Pujadas traitait de l’actualité de la crise financière et de son impact sur les gouvernements des Etats membres de l’UE. Rien à redire sur l’actualité chaude, notamment concernant les démissions successives de Silvio Berlusconi en Italie et de George Papandreou en Grèce. Mais le problème s’est posé plus sérieusement lorsqu’il a tenté d’appliquer ce raccourci dans une très courte analyse de la vie politique en Hongrie et en Slovaquie.

Les présentateurs nous ont habitué à écorcher régulièrement les noms slaves ou magyars, mais ce soir-là, à entendre « Dávid Pűzsádász » parler de « Gordon Bázsné » et de « Robert Fiko », certains ont dû tout de même réagir un peu plus que d’habitude.

Mais les erreurs de prononciation du présentateur ne sont pas le plus grave… La rédaction du journal de France 2 aurait certainement été mieux inspirée en faisant le choix d’oublier l’Europe centrale ou en se renseignant un peu mieux avant d’appliquer sa vulgaire explication politico-économique à la Slovaquie et à la Hongrie. D’une part, le retour de Robert Fico au pouvoir en Slovaquie est plus que probable après les élections de mars prochain. D’autre part, Gordon Bajnai n’a pas pu perdre les élections puisqu’il ne s’est jamais présenté. Il a au contraire été choisi en tant que « technocrate » pour assurer l’intérim et gérer la crise dans l’urgence, au-delà de toute considération politicienne locale.

Lors d’une conférence organisée en juin dernier par le think tank Terra Nova et Mediapart à Science-Po Paris (grande école dont David Pujadas est un ancien), M. Bajnai était venu partager son expérience passée à la tête de son pays et son combat mené contre la montée de l’extrême-droite dans un contexte politico-économique chaotique. Il avait rappelé qu’à l’automne 2008, la Hongrie était un des premiers pays menacé par la faillite et qu’au début de 2009, le parti socialiste au pouvoir était en décomposition, battant des records d’impopularité. Dans ce contexte, Gordon Bajnai qui se décrit lui-même comme un « social démocrate indépendant non affilié au MSzP », a pris la tête d’une coalition de gauche à l’issue d’une motion constructive déposée au parlement.

Selon lui, malgré les mesures rigoureuses qu’il a dû mener pendant son année de mandat (hausse de l’âge de départ à la retraite, baisse des prestations sociales, entre autres), le parti socialiste, descendu sous les 10% d’intention de vote avant son arrivée, était considérablement remonté dans les sondages en l’espace de quelques mois, dépassant les 20% d’intention de vote.

L’interprétation faite mercredi soir sur France 2 de son aventure au pouvoir en Hongrie était donc totalement farfelue.

Par contre, il est vrai que son prédécesseur, Ferenc Gyurcsány, avait démissionné en mars 2009, quelques mois après les débuts de la crise financière en Hongrie (octobre 2008). Mais si la bonne ou la mauvaise gestion d’une crise économique peut indéniablement avoir un impact sur des élections, la vie politique et l’alternance du pouvoir en Hongrie sont certainement trop complexes pour pouvoir les résumer comme cela dans un studio de télévision parisien.

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2 Commentaire

  1. David Pujadas hors-sujet? David Pujadas est-il un sujet?

  2. il faut dire que depuis 2-3 ans la Hongrie n`est guere appreciee chez France 2…d`ailleurs chaque fois qu`ils n`en parlent c`est soit pour rapporter un fait concernant la ville de Gyöngyöspata (drole de coincidence) soit pour `enqueter` sur la montee l`extreme droite en Europe centrale….

    a’ mon avis c`est de l`antisarkozysme subliminal…

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