Csepel fait sa chasse aux sorcières

Après avoir appelé le peuple hongrois à prier pour Viktor Orbán [1], le maire du XXème arrondissement de Budapest, Szilárd Németh, s’est fixé une nouvelle mission : démasquer les vilains communistes.

Après le pamphlet d’István Tarlos contre ses prédécesseurs socialistes et libéraux à la mairie de Budapest, c’est au tour du maire adjoint de l’arrondissement de Csepel, Attila Ábel, de publier un ouvrage : « Vörös Csepel » (Csepel la Rouge – en référence à une célèbre marche communiste). Avec plus de 35.000 exemplaires – distribués en priorité dans les ménages de l’arrondissement – il sera probablement l’un des plus gros tirages de cette année. Il sera aussi possible de le trouver dans les librairies nationalistes budapestoises « Szkítia », dont le propriétaire n’est autre qu’András Bencsik, l’un des co-organisateurs de la « Békemenet ».

« Vörös Csepel » évoque par exemple les appartements sociaux financés par la commune et alloués à des personnes proches du parti socialiste MSZP. Le chef de la police de l’arrondissement, Mihály Császár, a ainsi pu acquérir un appartement fraichement rénové d’une valeur estimée a 8,5 millions de forints pour seulement 3 millions. Les socialistes avaient dépensé 170 millions de forint pour un site internet de la municipalité qui fonctionnait si mal que le nouveau maire Szilárd Németh en a fait refaire un pour environ 500.000 forints. Plus fort encore, la municipalité avait également déboursé une somme importante pour faire rénover une route…inexistante. Selon  l’auteur de « Vörös Csepel », ces petites et grosses magouilles ne seraient qu’une goutte dans l’océan plus de 40 affaires impliquant l’ancienne équipe municipale sont portées devant les tribunaux.

Lors de la campagne électorale, la section locale de la Fidesz [le parti du 1er ministre Orban] avait promis de faire la lumière sur les huit dernières années de gestion socialiste, c’est désormais chose faite. Quoique, comme le prétend son auteur, « il y aurait encore beaucoup de choses à écrire » car l’ouvrage ne couvre que la période 2004-2011. Toujours est-il que cet ouvrage revêt une importance particulière, car les affaires de corruption de Csepel reflètent ce qui s’est passé dans l’ensemble du pays, selon la municipalité.

Un ancien bastion socialiste

Le XXIème arrondissement est historiquement encré à gauche, c’est un quartier ouvrier qui a longtemps compté parmi les bases solides du parti socialiste MSZP. Seul arrondissement situé sur l’île du même nom, Csepel, le centre de l’industrie lourde hongroise. C’est avant-tout l’entreprise métallurgique de Manfréd Weiss, nationalisée en 1950, qui a marqué l’arrondissement. On lui doit notamment la production de camions, de munitions et d’armes, ou encore des mythiques motos « Pannonia » et des  vélos « Csepel ». Après la seconde guerre mondiale, de nombreuses barres d’immeubles ont été construites pour y loger les ouvriers, mais on trouve également quelques villas disséminées le long du Danube. Avec la disparition du communisme, les usines ont fermé et le déclin de Csepel a commencé. Aujourd’hui, c’est l’un des arrondissements les plus pauvres de Budapest et selon le site d’informations Origo.hu, l’espérance de vie dans ce quartier est plus proche de l’Afghanistan que de Buda. La pauvreté est également accentuée par l’arrivée de familles roms « chassées » des quartiers du centre.

http://youtu.be/rffTiwrpmok

La Fidesz, se rendant bien compte qu’elle n’est pas en terrain conquis, tente avec cette publication de discréditer ses adversaires de gauche. Il faut dire qu’après une période durant laquelle l’arrondissement était dirigé par le parti libéral SZDSZ, Csepel est resté de 1994 à 2010 sous administration du MSZP. Dans cet arrondissement, peut-être encore plus qu’ailleurs en Hongrie, les anciens communistes sont restés au pouvoir (ou pas très éloignés) après 1989. Mihály Tóth, maire de 1994 à 2010, était jusqu’en 1989 le secrétaire général de la branche locale du Parti Ouvrier Hongrois (MSZMP) et son adjoint Ferenc Orosz comptait lui aussi parmi les « gros bonnets » du MSZMP. Il faut souligner qu’avant 1989 il était difficile de faire carrière, et même parmi les membres éminents de la Fidesz, nombreux sont les anciens du MSZMP : le ministre des affaires étrangères János Martonyi, de l’Intérieur Sándor Pintér et de l’économie György Matolcsy, pour ne citer qu’eux.

Selon les informations du quotidien Népszabadság, « Vörös Csepel » a couté la somme de 6,3 millions de forint, payés par les contribuables de l’arrondissement, évidemment. Monsieur Szilárd Németh aurait peut-être plutôt dû essayer de mettre cette somme au service de l’amélioration du niveau de vie de ces concitoyens plutôt que de s’échiner à « démasquer » des faits déjà bien connus des habitants.

Pour rappel, la loi fondamentale hongroise (alaptörvény) qui est entrée en vigueur au 1er janvier précise que les socialistes actuels sont les successeurs légaux des communistes. En pratique, le parti socialiste MSZP peut donc être poursuivi pour les actions passées du MSZMP. Naturellement, tous les anciens membres du Parti Ouvrier ne sont pas menacés, car il faudrait envoyer au moins la moitié du parlement en prison ! Ce sont les anciens des services spéciaux, ceux qui ont pris part à l’écrasement de la révolution de 1956, ou encore les membres hauts placés qui sont dans la ligne de mire. Le magazine proche du Jobbik, Barikad!, recommande à la Fidesz de balayer devant sa porte et dresse une liste des membres du parti avec un passé communiste en soulignant qu’Orbán Viktor a lui-même été secrétaire de KISZ, le mouvement de jeunesse communiste hongrois. Bref, se tourner vers le passé, c’est encore le moyen le plus sûr de faire de la politique en Hongrie.

Sources : Index.hu, Origo.hu, MNO, NOL, HVG, Bar!kad, csepel.info, csepel-sziget.hu

[1] avec une ancienne prière chrétienne qui s’est, au final, avérée avoir été écrite par l’écrivain adulé de la droite hongroise, Albert Wass.

7 Commentaire

  1. Il n’y a pas besoin de « tenter » de discréditer les adversaires de gauche ,ils se sont discrédités eux même par leur corruption bien connue de tout le pays . Par contre vous devriez arrêter cette désinformation de par les insinuations qui émaillent votre article. La situation est grave suite à l’état dans lequel le multimillionnaire ancien premier ministre socialiste et ses acolytes ont laissé les infrastructures ,se remplissant les poches à qui mieux: les trains,les bus,le métro,les biens publics,Malev … liés à des contrats bidons mais juteux pour les socialistes,héritiers du communisme .Il faut condamner pour éviter que cela ne se reproduise.Et vous dire que socialisme ne veut rien dire en Hongrie,témoin l’ancien premier ministre qui essaie de se refaire une virginité en ouvrant un nouveau parti auquel personne ne croit :
    http://www.hu-lala.org/2012/01/30/gyurcsany-a-miskolc-rencontre-du-3eme-type/?utm_source=Newsletter+de+Hulala&utm_campaign=6aa130ce1e-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email

  2. Des insinuations? je n’en vois pas! L’article ne minimise pas les crimes des coco! Et il y a aussi des rouges au fidesz, c’est un fait.

    il faudrait prendre la peine de lire l’article en entier avant d’écrire ce genre de commentaire.

  3. melanger les mefaits d`un passe’ proche avec une periode historique specifique risque de rendre le debat encore plus indigeste…voir impossible si on considere le soi-disant alaptörvény..

    en tout cas j`aimerais bien qu`en Hongrie on puisse finalement ouvrir un debat sain concernant le XX

  4. siecle…tout en evitant les nostalgies delirantes et les reglements de compte….

  5. la verite c’est vraiment moche, au mszp comme au fidesz :-/

    « Selon les informations du quotidien Népszabadság, « Vörös Csepel » a couté la somme de 6,3 millions de forint, payés par les contribuables de l’arrondissement, évidemment. Monsieur Szilárd Németh aurait peut-être plutôt dû essayer de mettre cette somme au service de l’amélioration du niveau de vie de ces concitoyens plutôt que de s’échiner à « démasquer » des faits déjà bien connus des habitants. »

    malheureusement c’est de l’habituel « faites ce que je dis pas ce que je fais ».
    bon apres 6,3 millions de huf (de 18 000€ a 24 000€ suivant le cours du huf), c’est rien pour une municipalite, cf le petit calcul exemple qui suit :
    « Le chef de la police de l’arrondissement, Mihály Császár, a ainsi pu acquérir un appartement fraichement rénové d’une valeur estimée a 8,5 millions de forints pour seulement 3 millions. »
    8,5 – 3 = 5,5
    donc 6,3 millions pour l’edition c’est l’equivalent (a 15% pres) des 5,5 millions de la remise pour l’appartement.
    il suffit donc que le chef de la police rembourse pour quasi combler le trou ^_^

    note1: on pourra me dire aussi que la difference se trouve dans le type de detournement: 5,5 millions de manque a gagner (donc de l’argent qui ne rentrera pas dans les caisses) et 6,3 millions de depense reelle (donc de l’argent que l’on avait et que l’on a depensé).

    note2: +1 janos

  6. Le fait que le 1er parti d’opposition en Hongrie soit justement ce parti gangrené par la corruption et les affaires rend la situation politique hongroise encore plus désespérée.

    Mais bon si j’avais à choisir, entre la peste des corrompus et le choléra des apprentis dictateurs, j’opterais plutôt pour la 1ère solution, car rien n’est pire que la dérive liberticide.

    Mais bon… en me bouchant le nez et en espérant qu’ils vont enfin faire le ménage au MSzP.

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