Corruption : l’affaire Zuschlag, chronique d’ONG qui ont mal tourné

Janos Zuschlag à son procès. crédit : szegedma.hu

Le jugement exécutoire du procès de János Zuschlag, long de près de quatre ans, a été prononcé le 31 janvier dernier à Szeged, dans le sud de la Hongrie. L’ancien député MSzP (de 1998 à 2004) écope finalement de 6 ans de prison ferme pour détournement de fonds publics en tant que coordinateur de fondations pour la jeunesse fantoches dans les années 2000. Retour sur une « étoile filante » de la politique hongroise, qui s’est très vite brûlé les ailes dans le climat de corruption ambiant. Il n’est aujourd’hui âgé que de 34 ans.

La carrière politique fulgurante de Zuschlag

En 1995, János Zuschlag entre au Mouvement des jeunes socialistes hongrois (Ifjú Szocialisták Mozgalmának – ISzM). Un an plus tard, il en devient le vice-président. En 1998, il devient sans doute le plus jeune membre du Parlement hongrois, à 21 ans seulement. Il est réélu à son siège en 2002. La même année, le mouvement des jeunes socialistes se développe considérablement dans une fusion avec « la Jeune Gauche » (FiBISz : Fiatal Baloldal – Ifjú Szocialisták Mozgalma), et Zuschlag en devient le vice-président jusqu’en 2004. En 2004, à mi mandat, son parti (MSzP) le contraint de quitter ses fonctions de député en raison de propos injurieux qu’il aurait déclaré à l’encontre des victimes de la terreur des Nyilas (les croix fléchées – Parti national socialiste hongrois).

Les débuts de « l’affaire Zuschlag »

En 2005, à la suite d’un contrôle « de routine », le parquet de la ville de Szeged a ouvert une enquête sur la gestion du budget de différentes fondations et associations, soupçonnées d’avoir contrevenu à la règlementation comptable. Lors de l’enquête, il s’est avéré que ces organisations ne pouvaient pas rendre compte de plus de 50 millions HUF issus des projets de concours. Le parquet du département voisin (Bács-Kiskun) s’est alors mêlé de l’affaire, en accusant János Zuschlag – à la tête de ces organisations – ainsi que six de ses collaborateurs, d’une fraude à grande ampleur. Le 20 septembre 2007, le tribunal de la ville de Szeged a ordonné la mise en détention de M. Zuschlag et 4 jours plus tard, la direction du MSZP lui a ordonné de démissionner de toutes ses fonctions.

Devant le parquet du département de Bács Kiskun (Kécskemét) le 19 février 2008, Zuschlag avait fait des aveux : « les associations en question ont organisé beaucoup de programmes en collaboration avec la Jeune Gauche, et une imbrication du financement est concevable. Si dans ce cadre, des infractions à la réglementation se sont produites, j’assume la responsabilité politique en tant que vice-président de l’association pour la jeunesse socialiste ». Lors de sa déclaration, Zuschlag n’est cependant pas rentré dans les détails… Le 14 mai 2008, le parquet du département a mis en accusation M. Zuschlag et 15 de ses complices présumés. Entretemps, M. Zuschlag avait fait virer 50 millions de forints dans les caisses de l’État. Le procès de l’organisation jugée « criminelle », chapeautée par Zuschlag,  a commencé le 8 octobre 2008 à Kecskemét. Selon l’accusation, les accusés ont collaboré pour acquérir illégalement 75 millions HUF sous forme de subventions de l’État.

Associations de malfaiteurs

Selon l’acte d’accusation, entre 1995 et 2002, János Zuschlag a créé un réseau d’ONG avec ses collaborateurs du Ministère de la Jeunesse et des Sports (Ifjúsági és Sportminisztérium, ISM). Leur tâche consistait à collecter de l’argent public pour ce réseau, via des projets de concours. Les ONG – qui n’ont exercé aucune activité réelle – ont sollicité des soutiens auprès du ministère (ISM), auprès la municipalité de Budapest et auprès des Fonds Nationaux Civils. Pour justifier leur « activité », ils ont concocté des faux rapports et des fausses factures. Au moment de toucher l’argent, Zuschlag a non seulement donné des instructions et coordonné leur activité, mais il est également intervenu pour que les participations aux concours déposées soient récompensées.

Le 31 mars 2010, ils n’étaient plus que 13 accusés dans cette affaire. Le tribunal du département de Bács-Kiskun a qualifié leurs activités comme un crime commis dans le cadre d’un réseau criminel. En première instance, János Zuschlag a été condamné à une peine de 8 ans et six mois de prison ferme, alors que sept autres accusés ont été condamnés à des peines de prison ferme allant de 4 mois à 5 ans et demi. 4 autres n’ont écopé que d’une amende, et un seul a été mis hors de cause.

Le procès en deuxième instance a commencé le 11 janvier 2011 à la Cour d’appel de Szeged. A la fin de l’audience, M. Zuschlag a eu la parole en dernier. Il a demandé l’adoucissement de la peine, tout en contestant l’existence d’un réseau criminel. Il a insisté sur le fait qu’il n’y avait aucun réseau et que les fraudes n’avaient pas pour but l’enrichissement personnel. La peine de Zuschlag a été allégée à 6 ans. Selon le jugement final du tribunal, les accusés ont bel et bien monté un réseau criminel, et c’est pour cette raison que leur demande de mise en liberté provisoire a été refusée. Quant à Janos Zuschlag, qui sortira de prison au maximum à l’âge de 40 ans, il aura au moins pris une bonne leçon de corruption s’il veut recommencer sa carrière en politique.

Un commentaire

  1. Recommencer sa carrière en politique ???

    A mon avis, il ferait mieux de changer d’activité. D’une part, ce n’est pas avec des gens comme cela que la démocratie progressera, d’autre part, ce ne sont pas les volontaires qui manquent, pour assurer des responsabilités électives, d’une manière impartiale.

    La Hongrie ferait mieux de sélectionner ses responsables politiques… surtout dans les Partis de Gauche…

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