Chronique : Des médias aux retraites, à chacun ses priorités

Le billet de Cécile Vrain, journaliste et docteur en Histoire des Relations Internationales de l’Université de Paris 1, spécialiste de la Hongrie.

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C’est enfin arrivé ! Une semaine sans que les journaux ne nous parlent de la loi hongroise sur les médias. Enfin presque. Il y a quand même eu une petite dépêche AFP sur un ultimatum formulé par l’Union européenne. Rien que cela. En effet, vendredi 21 janvier se sont réunis à Gödöllö les ministres et autres secrétaires d’Etat à la Justice des pays membres et lors de la conférence de presse donnée par le représentant allemand, il a été précisé que la Commission européenne attendait de la Hongrie, sous un délai de deux semaines, qu’elle s’engage à changer sa loi sur les médias, sous peine d’une éventuelle procédure d’infraction au traité de l’Union européenne et à sa charte des droits fondamentaux. La commissaire européenne chargée du dossier, Neelie Kroes a des « doutes sérieux » quant à la conformité de la loi avec la législation européenne.

Les choses commencent à devenir sérieuses car il s’agit clairement de menaces et il n’est pas si commun que Bruxelles en fassent. Mais menacer veut aussi dire qu’on a les moyens de le faire et l’intention d’aller jusqu’au bout. Est-ce bien le cas ? Le cas n’est pas banal. La Hongrie est pays membre de l’Union, et sauf erreur, il me semble que c’est la première fois que de telles menaces sont ainsi proférées. Jusqu’alors, nous avions principalement eu droit à des comparaisons parfois injurieuses, confère la France et les expulsions de Roms par exemple. Pour sa crédibilité, l’Union européenne a tout intérêt à bien maîtriser son dossier et avoir les moyens de ses ambitions.

Bruxelles et les pays membres ne doivent pas oublier que même si une première manifestation hongroise pour la liberté de la presse a réuni 10 000 manifestants et qu’une nouvelle démonstration est prévue jeudi, la majorité des Hongrois ont voté Viktor Orban au printemps dernier et ce qui peut passer pour du harcèlement et de l’ingérence renforce le pouvoir de ce dernier. Aujourd’hui à Budapest, Victor Orban ne passe pas pour un autocrate voulant attenter aux libertés de la presse, mais pour un chef de gouvernement fort qui sait tenir tête aux pays qui auraient la prétention de donner des leçons à la Hongrie. Surtout que pour les Hongrois, cette question de la loi sur les médias n’est pas une priorité aujourd’hui.

De la liberté de la presse à la liberté de choisir son système de retraites

En effet, ceux-ci doivent décider dans les deux jours, quel statut ils désirent conserver par rapport à leur caisse de cotisations de retraite. Rester dans le privé ou suivre les prescriptions gouvernementales et cotiser à la caisse de retraite publique. La question est loin d’être anodine car le  formulaire à compléter ne restera pas dans le domaine privé.

Vous avez bien lu ! Ainsi, des fonctionnaires qui cotiseraient à des caisses de retraite privées, en décidant d’y rester affiliés, manifesteraient officiellement leur désaccord avec la politique gouvernementale. Nul n’en connait les conséquences. Prennent-ils le risque de perdre leur emploi ? Promue mi-décembre, un peu avant la loi sur les médias, la nouvelle législation concernant les retraites stipule que les personnes qui choisiront de rester fidèles aux caisses privées perdront tous leurs droits à la retraite publique.

Rappelons les déclarations de Viktor Orban à l’époque : « Celui qui est solidaire envers nous, nous sommes également solidaires envers lui. Mais celui qui n’est pas solidaire envers nous, celui là ne doit pas compter sur le soutien de la communauté« . Cela a le mérite d’être clair ! Beaucoup moins médiatique que la loi sur les médias justement, cette loi touche directement aux libertés individuelles. La Commission européenne n’ignore rien de l’affaire, espérons qu’elle réagisse rapidement et qu’elle n’attende pas encore une fois que la presse s’indigne pour réagir.

Pendant ce temps, les grands de ce monde toujours atteints de réunionites aïgues se rencontrent à Gödöllö. Pour ceux qui ne connaissent pas, rappelons rapidement que Gödöllö abrite un magnifique petit château baroque renové qui a accueilli en son temps la légendaire reine Elisabeth, plus connue par certain sous le sobriquet de Sissi. Je ne manquerai pas dès la semaine prochaine de revenir sur certains thèmes confiés à la présidence hongroise et plus particulièrement sur le partenariat oriental et l’élargissement de l’Union.

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Un commentaire

  1. Pour museler la presse, les français sont beaucoup plus subtiles. En Hongrie, on y va encore avec de gros sabots…Bon, maintenant… je suis pour la liberté de la presse. D’ailleurs, cela n’a en rien gêné Victor Orbàn d’obtenir une très confortable majorité. Et une vraie ! Qui persiste !

    Les journalistes feraient bien, les premiers, à en prendre conscience. Et Orbàn, avec sa loi, se fatigue pour rien…

    Pour les caisses de retraite Orbàn n’a pas tort. Une bonne caisse de retraite commune est une bonne chose. Dommage que l’U.E. ne la propose pas elle même.

    Victor Orbàn, de Droite, propose des solutions de Gauche. C’est surtout cela qui ne doit pas plaire au sein de l’U.E.

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