Budapest serre la vis à ses noctambules

Vendredi soir, 28 janvier à Gödör Klub, Erzsébet ter. crédit : MTI Lakatos Péter

Ce n’est pas une surprise depuis « l’affaire West Balkán ». Dans un communiqué paru sur MTI et sur le site officiel de la Fidesz, les autorités de Budapest annoncent qu’il va y avoir du changement très prochainement dans la vie nocturne de la capitale hongroise. Une réglementation plus cloisonnée concernant les événements considérés « grand public » et des contrôles plus stricts et plus fréquents dans les clubs. Les bars ne seront également pas épargnés par cette nouvelle politique. Quant aux organisateurs d’évènements, responsables qui ont justement étés montrés du doigt après le drame du 15 janvier dernier, ils devront eux aussi, bien sûr, respecter un code éthique tout nouveau pour eux.

De nouvelles règles qui refroidissent les ardeurs de certains

Dorénavant dans les clubs, les évènements rassemblant plus de 300 personnes seront forcément classés « grand public ». Cela implique également pour les organisateurs de l’évènement, qu’ils devront souscrire à une assurance – risques. En ce qui concerne les évènements prévus à l’extérieur, la mention « grand public » y sera associée au-delà d’un millier de personnes dans l’assistance, et les contraintes pour l’organisation seront les mêmes.

Les mesures coercitives à l’encontre de ceux qui enfreindront ces règles prévoient des amendes (les montants ne sont pas encore communiqués) ou la fermeture pour un jour. La fermeture définitive est évidemment envisageable dans le pire des cas, mais elle n’est soumise à aucun changement par rapport à ce qui avait déjà été mis en place en 2009. Pour prouver qu’elles sont de plus en plus concernées par la règlementation de la vie nocturne, les autorités ont fait savoir qu’elles effectueront des contrôle trimestriels dans tous les lieux de soirées, sans exception.

Les bars seront apparemment également concernés, par le biais d’un changement d’horaires d’ouverture.

Des contrôles qui ne font que commencer

On n’a pas fini d’entendre parler de la tragédie du West Balkán du 15 janvier dernier. Depuis le drame, on sent bien que la « movida » hongroise touche à ses limites, tant par ce que l’on peut anticiper de la part des clubs eux-mêmes que des mesures que souhaite prendre le maire conservateur (Fidesz), István Tarlós. Pour preuve, depuis lundi 17 janvier, les autorités parcourent les clubs de Budapest pour vérifier que les normes de sécurité sont bien appliquées.

Vendredi soir, pendant son fameux Balkan Beats mensuel, c’était au tour de Gödör Klub d’avoir la visite d’une équipe d’experts en sécurité (policiers et pompiers), accompagnés d’une vingtaine de policiers et maîtres chiens, restés sagement à l’extérieur (photo). Ils sont venus vérifier à peu près tout : que les licences du personnel de sécurité étaient valables, que les contrats de travail du personnel au bar étaient respectés, ainsi que la capacité officielle du centre culturel (800 personnes) correspondait bien au nombre effectif de personnes présentes. Heureusement, tout était en ordre, et sur la piste de danse, les fêtards n’ont rien remarqué, ou presque. Tant mieux pour eux.

Dès demain lundi, les clubs de la capitale sont bien décidés à défendre leurs droits, leur business, mais aussi une certaine conception de l’esprit de liberté qui règne depuis si longtemps sur Budapest. Ainsi, ils se rencontreront pour s’unir en organisation syndicale, histoire d’avoir, pour la première fois, une structure juridique commune sur laquelle s’appuyer.

Les vieilles rancœurs de Tarlós contre les mœurs libérales

Le maire de Budapest, István Tarlós, représente bien à lui tout seul ce retour à « l’ordre » par des mesures coercitives et par les contrôles. Il convient de rappeler qu’il s’est surtout fait connaître au début des années 2000, en tant que maire du IIIème arrondissement, pour sa farouche opposition au célèbre festival Sziget, qui prend ses quartiers tous les ans sur l’île d’Obuda à Budapest (justement dans le IIIème ker.). En 2001 notamment, il a voulu faire interdire les programmes homosexuels du festival sous prétexte qu’ils donnaient un « mauvais exemple » aux jeunes festivaliers. L’interdiction a finalement été jugée anticonstitutionnelle par la Cour compétente.

Depuis, il a enfin pris le pouvoir dans la capitale, succédant au libéral Demszky. Il semble aujourd’hui également prendre sa revanche sur le festival Sziget, bien décidé a lui faire payer le loyer sur le terrain municipal qu’il occupe depuis « toujours ». Un loyer assez conséquent pour faire mordre à Sziget la poussière qu’il occasionne tous les étés. György Gerendai, directeur de l’évènement, s’est exprimé à Inforadio le 11 janvier dernier, affirmant que la mairie ne réclamerait pas moins de 2,5 milliards de forints au festival pour occuper l’île (plus de 9 millions d’euros selon le cours actuel). Selon Gerendai, cette somme correspondrait tout bonnement au budget annuel total du festival.

Rappel : le soir du 15 janvier dernier, une bousculade et un effet domino dans les escaliers ont tué 3 jeune filles venues faire la fête à la nouvelle adresse du club West Balkán. La semaine qui a suivi les faits, le propriétaire du club et les (trop) jeunes organisateurs des soirées électro Noise Night Life ont été placés en garde à vue, puis ont progressivement tous été relâchés. Il est désormais avéré que la responsabilité du drame incombait à une organisation déplorable, qui a laissé entrer beaucoup plus de monde que ne pouvait accueillir le club.

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Un commentaire

  1. Si le Sziget disparaît à Budapest, ce serait bien qu’on le récupère en France.

    Merci, merci Istvàn Tarlos.

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