Bataille autour du marché extérieur de la place Hunyadi

Par Violaine Jaussent

NDLR : Dans son émission bi-mensuelle sur Tilos Radio, la rédaction de Hu-lala recevra Kiss Csilla,  membre de l’ONG Védegylet, et abordera les thèmes de la défense des marchés de proximité à Budapest et du 6e forum européen sur la biodiversité agricole, ce samedi de 16h30 à 17h30. (Fréquence à Budapest : 90.3 ou sur son site internet)

Au cœur du 6e arrondissement de Budapest, le marché en plein air de la place Hunyadi est en péril depuis 2007. Le gouvernement local veut le supprimer pour installer un parking. Les fermiers qui vendent leur production et les habitants qui l’achètent s’y opposent.

Istvan tend une main ridée au creux de laquelle une centaine de cerneaux de noix est posée. Le client acquiesce, et Istvan met les noix dans un sac plastique. Petit producteur de fruits secs, il vend ses produits depuis 40 ans sur le marché extérieur de la place Hunyadi. « Il n’est pas en très bon état, mais j’y suis plus que jamais attaché », résume-t-il. Installés sur le bord de la place, à proximité de châtaigniers, la plupart des autres marchands refusent la disparition de leur marché au profit d’un parking souterrain.

Un avis que partagent les habitants. « Je viens ici depuis 40 ans ! s’exclame une petite femme courbée. Ce serait tellement dommage de supprimer ce marché. Le gouvernement local dit que les arbres sur la place sont dangereux. Mais pour qui ? C’est une manipulation politicienne » Tandis qu’une dame blonde enveloppée dans un manteau rose argue que le gouvernement local a reçu des fonds pour restaurer la rue et l’autre marché de la place, couvert et plus industriel – des grossistes y vendent de la nourriture – sans jamais rien rénover.

Meszaros Laszlo, responsable du marché couvert, donne une autre explication. « Il y a eu des complications administratives. La mairie n’a jamais obtenu les subventions de l’Union européenne. » Il est convaincu que celle-ci ne supprimera rien. « Les deux marchés seront rénovés car ce sont des sites classés », justifie-t-il. Effectivement, ils sont situés près de l’avenue Andrassy, la plus grande de Budapest, dans une zone décrétée patrimoine mondial par l’UNESCO.

La nécessité de rénover le lieu et de ne pas le détruire fait donc l’unanimité, ou presque. La question est plutôt de savoir comment. C’est pour décider de cet aspect que Gabo Bartha, qui considère le marché comme sa « principale source d’alimentation » depuis 15 ans, a lancé à l’été 2007 une association informelle, Notre marché est un trésor (Kincsünk a piac). L’objectif était de répondre au plan de rénovation du (MSZP à ce moment-là) qui transformerait le marché couvert en centre commercial doté d’un parking souterrain, supprimant le marché extérieur.

Pétitions, tracts, exposition de photos du marché et même visites à la ferme : accompagnée de 5 membres actifs, Gabo Bartha a mobilisé la population avec un certain succès. L’association compte aujourd’hui 250 sympathisants et 10 bénévoles. Des méthodes que conteste Meszaros Laszlos. « Ils dépassent les limites. Par exemple, un jour, ils sont venus vérifier la qualité des légumes sur les étals, sans aucun certificat légal », raconte-t-il.

Gabo Bartha admet que l’association s’inscrit dans une tendance plus large : préserver une alimentation naturelle. « La mairie veut rénover les vieux marchés en encourageant la production excessive », explique cette ex-directrice du programme éducatif d’une ONG. Ainsi, chaque dernier jeudi du mois, Gabo Bartha se rend à la réunion publique organisée par le gouvernement local. Et le résultat des élections municipales ne change rien pour elle.  « Je n’ai pas d’illusions, je pense que nous avons encore besoin d’être vigilant. »

Pourtant, « installer un grand marché sur la place Hunyadi et rénover l’immeuble très ancien qui s’y trouve » font partie des premières mesures qu’Óvari Gyula, candidat FIDESZ élu, dimanche dernier, conseiller municipal à la mairie du VIe arrondissement, a promis de prendre – tout comme le MSZP. Sans plus de détails : les politiques locaux se sont emparés du sujet pendant la campagne mais n’ont pas pris de position claire.

Cela peut-il suffire à rassurer les fermiers ? Du haut de ses 76 ans, Istvan a, lui, confiance en l’avenir. « Grâce à l’initiative de Gabo et le soutien des habitants, le marché sera rénové dans le bon sens. Je suis optimiste. »

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9 Commentaire

  1. les articles de proximite c est cool :-)

  2. Bénédicte a dit :

    Ca ne fait « que » deux ans que je m’approvisionne a ce marché toutes les semaines. Ou d’autre trouver des véritables légumes qui sentent presque encore la terre? Les oeufs qui montrent tout de suite qu’ils viennent de poules élevées en liberté plutot qu’en cage? Et le petit monsieur qui vend des pommes savoureuses, les seules qui aient vraiment un gout de pomme? Et celui dont l’étal est rempli de kolbász production maison? Et la dame qui vend des fromages, aux herbes ou fumés? Eh oui, tout ca fait un peu bazard, mais c’est quand meme un endroit drôlement sympa pour acheter de la nourriture naturelle, de qualité et de proximité. Quelque chose qu’on ne trouvera ni a l’intérieur du marché couvert ni dans un centre commercial (un de plus).

  3. Quel dommage que je n’habite pas près de ce marché.

  4. C’est quoi les horaires du marché / un jour en particulier ?

  5. tous les jours sauf le dimanche il est possible d’y faire ses courses. il y a toujours au moins un etalage.
    le samedi jusqu’a 14h seulement
    certains jours comme le samedi tous les etalages sont occupes :-)

    il est possible d acheter du lait frais tous les samedi de 6h a 14h (camion refrigere gris metalise)

    et les vendeurs sont tres gentils et commercants :-)

  6. Il n’y a pas que les hongrois qui veulent détruire le meilleur de l’agriculture…

    http://www.marianne2.fr/pericolegasse/Le-salon-de-la-bonne-conscience-agricole_a47.html

    j’imagine les riches et les très riches. Ils veulent le meilleur hôtel particulier, la plus grosse voiture, le yacht le plus confortable, les tableaux les plus chers…

    Mais, quand ils arrivent à l’alimentation, ils exigent des produits de troisième catégorie. Les riches sont vraiment très cons !!!

  7. Pour info, le collectif a eu gain de cause et le projet semble être totalement annulé ! :)
    De plus, des initiatives de soutien de ce type de marché de proximité serait même envisagées par les autorités locales.
    Les choses semblent changées ! :)

  8. Cette agriculture n’a que des avantages.

    Ce sont de bons produits au niveau du goût, exempts de produits chimiques, le coût du transport est réduit au minimum, ce sont des activités et des emplois nationaux.

    C’est, enfin, un argument de choc, pour tous les touristes qui veulent sotir un peu de la spirale infernale de l’agriculture chimique.

    Pour le tourisme, il restera à promouvoir les stations thermales familiales. 3 semaines de remise en forme, à des conditions « populaires » ou « démocratiques » devraient compléter l’offre et attirer un grand nombre d’amateurs.

    Un espace naturiste de mille hectares, au milieu de nulle part, avec un millier d’emplacements, devrait aussi attirer un grand nombre d’Allemands et d’Autrichiens.

    Il y aura donc d’autres sujets et d’autres combats pour Hu-lala…

  9. C’est une très bonne nouvelle que la préservation de ce marché.
    Le gros point faible des marchés de Budapest, cependant, ce sont les horaires d’ouverture drastiques. Je ne connais que Lehel ter dans le centre qui ouvre le dimanche. Les autres ne sont ouverts que le samedi matin.
    Même problème pour les boutiques … fermées le samedi ! Très dommage, on a tendance à se reporter sur les centres commerciaux du coup. En espérant que ça évolue…

    Vive les marchés!

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