Pécs et ses irréductibles Hongrois refoulent l’OTAN
Dans le bras de fer qui l’oppose au gouvernement sur l’implantation d’un radar de l’OTAN, la municipalité de Pécs, 5ème ville de Hongrie, a mené, la semaine dernière, une série d’actions fort remarquées. Après l'affaire Suez, Pécs veut être le "village qui résiste encore et toujours à l'envahisseur"
Décidément, Pécs a beaucoup fait parler d’elle en 2009. Peut-être pour se préparer à l’année 2010 qui va la consacrer capitale européenne de la culture... Effectivement, après l’imbroglio entre la ville et le groupe français Suez portant sur le contrat d’assainissement de l'eau qui les liait, la municipalité, emmenée par Zsolt Pava, son maire Fidesz, a encore fait des siennes. Cette fois-ci, le projet de l’OTAN sur la colline Tubes qui domine la ville est peut-être plus délicat à mettre à mal, mais Pécs tente tout de même de le faire capoter. Aux affaires étrangères on est bien embarassé : la Hongrie apporte un appui principalement logistique aux américains, auxquels elle n'a quasiment jamais rien refusé depuis qu'elle a intégré l'alliance militaire en 1999.
Depuis cinq ans, la population locale, craignant des effets néfastes sur la santé et sur l’environnement, combat ce projet d’installation militaire à coups d’actes de désobéissance civile peu communs en Hongrie. Les habitants de Pécs ont également organisé un referendum en mars 2007, qui a été invalidé faute d’une participation suffisante. 38.000 votes ont pourtant été recueillis contre l’installation du radar..
Le blocage de l’accès au chantier
Le 27 novembre dernier, une décision de justice a fait fi du recours de Pécs et a donné le feu vert au début des travaux. Il y a une semaine, la municipalité de Pécs ne s'est pas dégonflée lorsqu'elle a été informée que ces derniers commenceraient le vendredi même. Elle a fait ériger un barrage routier sur l'itinéraire menant au chantier. Sûr de son nouveau coup, le maire Zsolt Pava a justifié sa décision par une interdiction de cette route aux véhicules supérieurs à 3,5 tonnes. "Jusqu’à aujourd’hui je n’avais pas pensé que le gouvernement irait s’empêtrer dans cette affaire maintenant, quelques jours avant Noël, mais apparemment ce n’est pas le cas, donc nous relevons le défi.", a réagi le maire, teigneux.
"Choquante" et "inacceptable", ce sont les deux mots choisis par le porte-parole du gouvernement, Domokos Szollar, pour qualifier cette action au cours d’une conférence de presse tenue le jour même et dans laquelle il a estimé que le comportement de la municipalité de Pécs compromettait la sécurité du pays. Il faut dire que les initiatives de ce maire, appartenant au principal parti d’opposition, doivent sérieusement commencer à chauffer les oreilles du gouvernement, tenu de faire appliquer ses engagements vis-à-vis de l’OTAN. Le premier ministre Gordon Bajnai avait déjà dû intervenir personnellement auprès du Président français Sarkozy et de son premier ministre Fillon pour condamner les actions de Pécs contre la compagnie Suez, le 19 octobre dernier.
Vin chaud et cognac comme potion magique
Politiciens, militants associatifs et simples citoyens opposés au projet, se sont réunis pour passer une nuit glaciale -ils avouent avoir supporté les -12°C grâce au vin chaud et au cognac- dans des tentes disposées sur le site qui doit accueillir le radar. Après tout, pourquoi pas ? En 2004, des militants écologistes enchaînés à des arbres avaient bien obtenu un report puis un changement de site des travaux. Il est probable que ce dossier ne trouve pas d’issue rapide et tombe dans les mains du prochain gouvernement. Le maire de Pécs dont le parti est grand favori aux élections législatives de 2010 s’en frotte déjà les mains…
Tout cela quelques jours seulement avant l’intronisation de la ville comme capitale européenne de la culture. D’ailleurs, il se murmure à Pécs que le lobbying de l’OTAN et de l’Union européenne ne sont pas étrangers au choix du gouvernement hongrois d’accorder ce statut à la ville, histoire de faire mieux avaler la pilule à ses habitants... et de faire diversion.
Plus d’infos auprès de l’association "Civilek a Mecsekért Mozgalom"
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