Viktor Orbán ou la revanche de la « vraie » Hongrie
Basé sur un article publié le 1er mai 2010 et intitulé « Biographie : La revanche de Viktor ».
"Dehors les Russes !"
La carrière d’un grand dirigeant politique débute souvent par un acte fondateur, un symbole fort sur lequel il va pouvoir bâtir sa « légende ». Pour Viktor Orbán, c’est le 16 juin 1989 qu’il a lieu. Ce jour-là, les jeunes cadres de la FIDESz - une association d’étudiants libéraux et anticommunistes dont il est l’un des membres fondateurs - sont invités à participer à la commémoration du "réenterrement des martyrs" de l'insurrection de Budapest de 1956, contre l’avis d’une partie des organisateurs qui entend ménager l’Union soviétique agonisante. La veille, les jeunes de la FIDESz ont manifesté devant l’ambassade soviétique aux cris de "Ruszkik haza!" (Dehors les Russes !), le slogan des manifestants de 1956. Ils sont traités de « radicaux léninistes » et de « bolcheviks » par le parti communiste hongrois. Le jeune Orbán profite de la cérémonie pour prendre la parole sur la Place des Héros pour revendiquer le départ des troupes soviétiques et la tenue d’élections libres. Au moment de cette déclaration, attaquer l’URSS revient à affronter un lion sans dents et sans griffes car Gorbatchev a déjà annoncé son intention de se retirer des pays satellites d’Europe centrale et, de facto, l’armée rouge a déjà commencé à démobiliser et à rapatrier ses divisions basées en Hongrie. Qu’importe, ce geste restera dans les livres d’Histoire et Orbán assied avec son statut de résistant anti-communiste.
Pourtant, la famille Orbán ne compte pas parmi les perdants de ce régime. Ses deux parents, partis de nulle part, ont obtenu des diplômes universitaires et ont pu envoyer leur fils Viktor dans les meilleures écoles. Lui-même a suivi des études de droit à l'Université Eötvös Loránd de Budapest, y obtenant son diplôme universitaire en 1987 et bénéficie l’année suivante d’une bourse de la Fondation Soros pour partir étudier l'histoire de la philosophie politique libérale britannique au Pembroke College d’Oxford. Le milliardaire hongro-américain (né György Schwartz en Hongrie) avait sans doute perçu en lui les qualités d’un futur dirigeant. Plus de vingt ans après, les fonds de la Fondation Soros pour le développement d’« une société ouverte et démocratique » financent plusieurs ONG de la société civile hongroise dont les rapports ont servi de base aux récentes critiques du département d’Etat américain et de Hillary Clinton elle-même à l’encontre du gouvernement hongrois.
Du libéralisme au conservatisme : le temps de la droitisation
En 1989, le Parti socialiste ouvrier hongrois MSzMP – parti unique au pouvoir depuis 1956 - se mue en parti socialiste hongrois MSzP et ses cadres se convertissent au social-libéralisme. Tout l’échiquier politique hongrois se recentre en glissant vers la droite. Naturellement, la FIDESz occupe le centre-droit. La stratégie n’est pas payante : Orbán, député dès 1990, perd les élections législatives de 1994. De manière opportuniste, il change d’orientation stratégique, vers la droite et d’un parti libéral et centriste, la FIDESz devient un parti conservateur. Il commence à agiter les sentiments nationalistes, en appelle à une histoire hongroise mythifiée. Les socialistes sont trop laxistes ? Lui va remettre les Tsiganes au travail. Les socialistes ignorent les Hongrois à l’extérieur des frontières ? Lui va les protéger. En cela, il est l’un des principaux instigateurs de la "droitisation" qui s’est opérée en Hongrie à partir de la fin des années 1990. Dès lors, l‘avenir s'annonce prospère pour la FIDESz : elle supplante le grand parti de droite, le Forum Démocratique Hongrois (MDF) et s’impose comme la principale force de droite. Aidée par de grands scandales de corruption touchant la classe politique, elle prend le pouvoir en 1998 et Viktor Orbán devient à 35 ans le plus jeune premier ministre d’Europe. Son gouvernement renationalise à tout-va et rétablit les allocations familiales, mais sans oublier de soigner ses amis avec de l’argent public.
L'animal politique
Sur son CV officiel diffusé par son cabinet, Orbán indique qu’il est « un sportif passionné depuis son enfance » et il chausse régulièrement les crampons le dimanche sur le terrain du FC Felcsút pour le prouver, sous l’œil complaisant des caméras. L’homme est très populaire. Contrairement à ces socialistes perçus comme trop urbains, trop cosmopolites, il passe pour un homme simple et rassurant, un homme du cru. Même les militants des jeunesses socialistes évoquent avec nostalgie leur enfance politique marquée par ce jeune rebelle « cool comme le Che », avec une pointe de dégoût pour ce qu’il est devenu. En plus des classes moyennes et aisées qui ne comptent pas parmi les gagnants du communisme et rejettent naturellement leurs héritiers socialistes, c’est la Hongrie des « agrariens » qui vote pour lui, pas celle des « urbanistes », ces bourgeois occidentalistes, cosmopolites et même « enjuivés » (Sic !). Ces agrariens aussi appelés « populistes » sont en faveur d’un état paternaliste et autoritaire [Une opposition ancienne dans la société hongroise]. Ainsi, ce qui passe aujourd’hui pour un autoritarisme brutal à l’international est ressenti comme un paternalisme bienveillant par une partie de la population hongroise.
Dans les anciens pays communistes, démocratie et religiosité vont de pair et il est de bon ton pour un politicien d’afficher sa foi. Peu porté sur la religion, le jeune et libéral Orbán choisi de faire baptiser Ráhel et Gáspár, les deux premiers de ses cinq enfants, mais par un pasteur méthodiste libéral, Gábor Iványi, alors dissident au sein de son Eglise. Au fil des années, Orbán fait de plus en plus référence à Dieu et à Szent István [Saint-Etienne, 1er roi apostolique et fondateur du Royaume de Hongrie] et affiche son intention de renforcer les liens entre les Eglises et l’Etat, ce qu’il s’empressera de faire une fois arrivé au pouvoir. Le pasteur Iványi compte aujourd’hui parmi ses opposants.
Les analystes politiques savent qu’ils ont affaire à un animal politique, un politicien de grand talent qui sent le peuple, qui comprend sa psychologie mieux que quiconque. Ses discours sont emprunts de paternalisme, il promet de protéger son peuple contre la mondialisation, de faire reprendre en main son destin. Ces projets le font, peut-être, sincèrement vibrer, lui qui veut marquer l’histoire de son pays à l’encre indélébile en restant comme celui qui a tourné la page du communisme [Une loi récemment adoptée tient pour responsable des « crimes communistes » le parti socialiste actuel qui lui a succédé], remis son pays sur sa voie « naturelle » et réunifié la nation hongroise [Le gouvernement encourage les 2,5 millions de Hongrois des pays voisins de la Hongrie à acquérir la citoyenneté hongroise grâce à des procédures simplifiées par une réforme du code de la nationalité. Mais la Fidesz ne mène pas une politique irrédentiste]. Cela masque en fait des politiques socio-économiques qui vont essentiellement dans le sens des classes aisées, qui n’ont que faire des classes moyennes [adoption d’un impôt sur le revenu à un taux unique de 16%] et qui criminalisent les pauvres.
Le temps de la révolte…et du pouvoir
Battu pour la seconde fois consécutive par les socialistes aux élections de 2006, il dénonce des fraudes électorales et refuse de reconnaître sa défaite. Au petit jeu des promesses intenables [la surenchère électoraliste à laquelle se livrent les deux grands rivaux inquiète au plus haut point Bruxelles], il est battu par les socialistes qui s‘empressent de mettre en place un grand plan d’austérité, à l’opposé de toutes les promesses électorales. Durant ces huit années dans l’opposition, son discours se fait de plus en plus radical, il agite la menace d’une révolution populaire. Les aveux involontaires du 1er ministre Ferenc Gyurcsány sur les mensonges socialistes pour remporter les élections de 2006 sont un cadeau inespéré pour la droite et jettent dans les bras de son leader des masses d’électeurs floués. La répression policière brutale des manifestations qui dégénèrent en émeutes scandalisent l’opinion publique.
Les années qui suivent sont celles des grandes manifestations contre Gyurcsány, le « traître » et le « menteur ». Harcelé sur sa droite par le Jobbik qui gagne de plus en plus de terrain [le mouvement pour une meilleure Hongrie obtient 15% aux dernières européennes puis 17% aux législatives de 2010], le ton se durcit encore. Il fustige les socialistes qui, selon lui, ont déroulé le tapis rouge aux multinationales, qui bradent le pays aux intérêts étrangers et se plient aux diktats de l’Union Européenne et du FMI. Il promet de rendre à la Hongrie son indépendance. Viktor Orbán est au-dessus de tout soupçon de racisme à l’égard des 700.000 Roms du pays et encore moins d’antisémitisme, mais par ses doubles discours sur la minorité tsigane notamment, il popularise et normalise les thèmes de l’extrême-droite.
Sa popularité ne va plus le quitter. Il la concrétise en avril 2010, en remportant les législatives avec une majorité écrasante. Avec cette majorité des 2/3 au parlement, le peuple lui signe un chèque en blanc pour chasser les socialistes, restaurer l’ordre, mettre fin à l’austérité et lui apporter, enfin, une réelle amélioration de ses conditions de vie. Viktor Orbán devient l’« homme fort » de la Hongrie et compte bien encaisser ce chèque pour convertir sa « révolution des urnes » et refonder le pays...à son image.
Quelle attitude Orbán va-t-il adopter face à l’Union Européenne et au FMI qui réclament le retrait ou la modification de lois jugées anti-démocratiques, mais bien plus encore le rétablissement de l’indépendance totale de la banque centrale et l’abrogation des mesures économiques hétérodoxes qui dérangent tant les marchés ? On dit de lui qu’il est ivre de son pouvoir et émotif. Un cocktail peu rassurant. Est-il concevable qu’il s’entête au risque de laisser son pays en proie à la vengeance des marchés ? Ce n’est pas le plus probable, mais comme le veut l’adage, « mieux vaut régner en enfer qu’être esclave au paradis ». Il ne s’agit que d’une formule, car la Hongrie n’a rien d’un enfer et l’UE n’a rien d’un paradis.
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Je pense que, contrairement à ce que dit l'article, Orban attache beaucoup d'importance à la classe moyenne et qu'il voudrait qu'elle se développe à tout prix. D'où l'impôt unique à 16% qui profite à une grande partie de la population.
@ André,
Il faudrait arrêter d'écrire n'importe quoi: jamais une "flat tax" n'a profité à la classe moyenne, c'est un mensonge de basse propagande... La base incontournable de la justice fiscale, c'est la progressivité !
Si vous taxez un type qui gagne 200.000 Forint sur cette base, il lui en reste 168.000 ! Dans un système progressif, la même personne paye 0 Ft.* d'impôt sur le revenu... Oui 0 Ft. !!
Si vous taxez un autre type qui gagne 2.000.000 Ft sur cette base, il lui en reste 1.680.000 (soit 320.000 Ft d'impôt). Dans un système progressif, la même personne payerait 460.000 Ft* d'impôt. Gain net: - 30% d'impôt pour le riche en suivant le système Orban !
Le système hongrois actuel a énormément de défauts et d'absurdités que j'ai aussi souvent subies mais le remplacer par un taux unique à 16% est scandaleux !
C'est la taxe anti-Robin des Bois: je prends aux pauvres pour donner aux riches.
C'est une absurdité néolibérale qui s'est répandue surtout en Europe de l'Est et finit de dégoûter les populations locales de la démocratie...
*: calculs basés sur le système progressif français qui est pourtant loin d'être le plus juste.
PS: "Si vous taxez un type qui gagne 200.000 Forint sur cette base" = sur la base du système Orban à 16%
remarquablement opportuniste M.Orban...
La revanche de la Hongrie, parlons-en !
De quelle revanche et de quelle Hongrie ?
On commence par quoi, la revanche ou la Hongrie ?
Allez, il faut bien se lancer !
H= Hongrie, R= revanche A= autres
Les banques, en Hongrie, dépendent pour 80 % de capitaux étrangers.
RH : taxes sur les plus-values des banques installées en HU.
RH : Mise à niveau arbitraire des taux de change pour des crédits en devises étrangères.
RA : Les banques européennes installées en Hongrie saisissent l’UE.
RA : Les banques font pression pour que le FMI demande des garanties.
RHA : Les hongrois qui ont épargné et qui s’étonnent que le droit à la propriété privée ne soit pas repris dans la nouvelle constitution, vont placer leur bas de laine en Autriche, peur d’être volés une seconde fois, après avoir étés spoliés de leur épargne retraite.
Les investissements étrangers représentent une manne considérable.
RH : les multinationales faisant des bénéfices sur le dos de la patrie se voient mises hors jeu.
Les installations sont confisquées, le savoir faire passe à l’état sans préavis, sans motif et sans besoin de se justifier !
RA : les investisseurs deviennent de plus en plus frileux et certains évoquent une albanisation (orbánisation) de la Hongrie.
La finance, nerf de la guerre.
RH : la Hongrie n’a besoin de personne, seul la patrie compte et se cabrer fait partie des traditions de la puszta.
RA : l’Europe ne réagit pas face à un sanguin et prend son temps pour ne pas réagir.
RA : Le FMI recevra un mandaté du gouvernement hongrois en réunion informelle.
RA : L’UE recevra un mandaté du gouvernement hongrois en réunion informelle.
RA : Le temps joue pour A.
Dans quelques mois, si les fonctionnaires, les policiers, les militaires ne touchent pas leur salaire, ils risquent d’être désabusés et çà il n’en est pas question, la banque centrale hongroise serra alors dépouillée pour la bonne cause.
Je m’arrête là, aller plus loin serait pure spéculation !
Zs .
Rien a voir mais je ne sais pas ou mettre ca: les taxis a l'aeroport vous prennent 6000 huf maintenant, pretextant qu'il faut indexer sur l'euro! (a mon sens cela n'est pas justifié mais bon!)- Si vous insistez dans la voiture on vous fera payer le prix normal d'avant - 4500/5000 max). Il s'agit d'une arnaque.
Extrait d’un livre paru chez Laffont en 1993 et disponible intégralement en ligne, tapez « de la peste et du reste » dans Google.
Avec vous je peux argumenter, vous n’êtes pas du parti de la violence. Mais mon chauffeur de taxi est perdu. Tôt ou tard il votera pour les ultranationalistes hongrois qui disent: ni communisme, ni capitalisme, et dont les troupes sont déjà chaussées de rangers. Vous me disiez hier votre rage de voir tant d’anciens responsables communistes gérer désor mais de petites compagnies d’import/export et faire l’aller-retour avec Dallas. Leur progéniture fait, à Budapest, la fortune des magasins de disques et des restaurants fast-food. Or si vous vous penchez sur l’histoire de notre Europe elle est parallèle. Les plus fervents défen seurs de la révolution prolétarienne des années 70 sont au pouvoir chez nous. Ils ont propagé le » laisser faire, laisser aller » dans des proportions jamais vues en permettant notamment à l’argent le plus cynique de se mêler aux entreprises de production de sens. Ce sont eux les fourriers de cette société de type californien qui navigue entre compétence technique et nonchalance morale, de cette société qu’on appelle désormais à deux vitesses parce qu’elle n’a rien prévu pour les pauvres, aucune dignité, aucun statut, aucune culture et qu’elle pourrait en mourir. Si ces gens-là s’entendent si bien avec vos anciens communistes c’est qu’ils sont de la même famille. Et de même que vous vous sentez floués par les vôtres, nous sommes en train de nous lasser des nôtres.
Je vous conseille de lire cet article
http://www.courrierinternational.com/article/2012/01/09/a-ceux-qui-ont-colle-une-etoile-jaune-sur-ma-boite-aux-lettres
Je pense que le retour au pouvoir de Viktor Orban coincide, et pt-etre pas par hasard, avec la 1ere crise profonde qui concerne la democratie hongroise depuis la chute du communisme et a l`heure actuelle toutes les malentendus, les rancunes et les haines du passe' ont tendance a' refaire surface....Il faut eviter que ca degenere car ca pourrait durement affecter la societe hongroise.
Une fois de plus c`est la soi-disante societe civile qui doit se reveiller avec toutes ses formes de communication.
Et voilà le troisième:
http://www.marianne2.fr/Comment-Orban-est-devenu-un-Chavez-de-droite-3-3_a214339.html
J'ai l'impression que hu-lala est fan de Viktor Orban... Il arrête pas d'en parler!
La haine est proche de l'amour à ce qu'il parait, vous avez besoin d'un bouc émissaire à accuser de tous les maux de notre europe?
Ca sera sa faute après tout, si l'europe fait faillite bien sur....
(Et on oublie l'arnaque générale des banques, des spéculateurs, de tous ceux qui controlent en réalité l'économie, en cachette, pendant que les politiques en prennent plein la gueule..)
Tiens ? Une pétition.
http://www.mapetition.ch/signatures.php?idsig=n3WzM6592wdgS7DdeHlN
M'intéresse pas, ca va rien changer
Bonjour,
J’ai cru comprendre que Nicolas Sarkozy avait écrit à Viktor Orban en novembre dernier au sujet des tensions pour la gestion de l’eau entre la mairie de Pecs et Suez. Cette lette lettre aurait été rendue publique ces derniers jours. Je m'intéresse particulièrement à cet épisode car je milite pour une gestion publique de l'eau.
Ne parlant pas Hongrois, j'ai tenté d'utiliser les traducteurs automatiques pour suivre cette actualité mais j'ai peur de faire des erreurs de compréhension, la fiabilité de ces systèmes étant très subjective.
Mes demandes, j'espère, trouveront échos dans la communauté francophone. J’aimerais trouver cette lettre, et si quelqu'un pouvait me traduire rapidement en gros, les articles dont je vous donne les liens, cela me rendrait service. J'anime un site sur l'eau et nous aimerions avoir un éclairage du pays et ne pas se contenter des informations à destination des Français.
je vous remercie d'avance
http://hetivalasz.hu/itthon/gall-kakaskodas-33585/
http://hetivalasz.hu/uzlet/a-fopolgarmester-visszavenne-a-vizmuveket-44759
Ceci ne m'intéresse pas trop, non plus!
Nem tetezik, nem tetzik a rendszer.
Zs.