« La prochaine étape, les grèves »

Propos rapportés par Swan Min-Tung, lundi 18 avril

« Dialogue !», crient ceux qui brûlent de parler. Tout le monde n’a pas affaire avec les syndicats hongrois. Leurs sympathisants sont peu nombreux, leurs adhérents encore moins. Pourtant, nous les entendons et les voyons de plus en plus dans les rues. HU-lala a donc rencontré Péter Fiedler, syndicaliste de la LIGA (Confédération Démocratique des Syndicats Libres) afin de comprendre la situation actuelle en Hongrie,  du point de vue des syndicats.

Budapest, samedi 9 avril (Léotard/HU-lala)

HU-lala : De nombreuses personnes sont descendues dans les rues ces derniers jours. Pouvez-vous nous expliquer ce qui se passe en Hongrie ?

Péter Fiedler (Liga) : Le problème principal est l’absence de dialogue social. Le gouvernement actuel représente deux-tiers du Parlement, il pense ainsi pouvoir changer n’importe quelles lois, sans aucune consultation d’aucun type. Depuis, il ne cesse de communiquer qu’il est dans son droit. Il change par exemple la constitution et des lois relatives au droit du travail qui affectent fortement les travailleurs. Ce ne serait peut-être pas un si grand problème s’il y avait au moins une consultation, mais il n’y a aucun dialogue.

Pouvez-vous établir une liste des droits des travailleurs qui sont violés ?

C’est une longue liste. Par exemple, la loi sur la grève a été modifiée. En gros, il n’est plus possible de faire la grève. Avant que la loi soit modifiée, nous pouvions dire à l’employeur : « ok, ce sera la grève si vous ne changez pas d’avis ». La loi assurait qu’il discute du problème avec les salariés pendant 7 jours après cette annonce. Si aucun accord n’était trouvé, alors il était possible de commencer la grève. Maintenant, ce n’est plus du tout pareil. Vous devez aller à la Cour qui a 5 jours pour décider si la grève est légitime ou non. Depuis que la loi a changé, les juges ne savent pas quoi répondre au milieu de ces disputes. Ils ne peuvent pas décider si la grève est justifiée ou non ! Il n’y a aucun point de repères dans aucunes des lois qui définiraient certains cas de grève comme légitimes, et d’autres non. Les juges peuvent seulement répondre qu’ils ne savent pas. Dans ce cas, la grève n’est alors pas possible.

Il y a aussi une loi qui stipule que quand vous êtes licencié, une convention collective vous permet d’avoir quelque chose comme 6 mois de paye en une fois. Maintenant la loi dit que, si cela a été fait durant ces 5 dernières années, vous avez à rembourser tous cet argent. Les gens sont un peu abasourdis, c’était il y a 5 ans, ils ont dépensés l’argent depuis ! Comment peuvent-ils le donner au gouvernement ? Mais bon, c’est vrai, ce n’est pas 100% de la somme qu’il faut rembourser, seulement 90%... Les gens ne savent donc pas comment faire. Nous nous sommes vers la Cour Suprême, qui a estimé que de telles demandes n’étaient pas légitimes et qu’on ne peut revenir sur une somme versée il  y a 5 ans. C’est alors que le gouvernement a répondu : « ok, nous allons donc changer la loi constitutionnelle, et vous ne pourrez plus dire que c’est illégitime ». Ce n’est pas une démocratie, cela ne fonctionne pas ainsi.

N’avez-vous pas observé une évolution positive ces 20 dernières années ?

Je ne dirais pas ça. Bien sur les conditions de travail ne sont pas pires. Il y a des hauts et des bas, et heureusement que nous avons pris le « bon bus ». Mais durant ces 4 dernières années, il y a eu de sérieux troubles.

La Liga en bleu à Budapest, samedi 9 avril (Léotard/HU-lala)

Quelles actions avez-vous prévues ?

Et bien en accomplissant des manifestations dans la rue. La première était celle du 4 avril et le lundi suivant, les policiers, les pompiers, les militaires, enfin, tout ce qui porte un uniforme a commencé une longue manifestation. Tous les jours de la semaine ! Une partie d’entre eux a manifesté devant le parlement et après une semaine ils ont tous manifesté ensemble devant le Parlement, environ 15.000 personnes. Ils ont beaucoup de revendications, mais ce qu’ils souhaitent essentiellement, c’est un dialogue social.

Vous dites vouloir le dialogue, mais le procédé reste bien démocratique non ? Le Fidesz a été élu…

Oui, nous pourrions dire que le processus est démocratique mais la loi stipule qu’à mi-mandat  il doit y avoir un dialogue social. Or, le gouvernement n’y obéit pas ! Notre première priorité est d’établir un dialogue social par lequel nous pourrions confrontés nos idées, nos chiffres. Le gouvernement n’explique rien à aucun autre parti politique. Le Comenius programme pour la Hongrie est seulement accessible en anglais ! Je comprends que nous fassions partie de l’Union Européenne, mais 6 changements vont affecter les salariés et je ne pourrais pas le savoir si je ne parlais pas anglais.

Ces 20 dernières années, nous avons concédé beaucoup de choses parce qu’elles étaient dans l’intérêt du pays, mais aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Le plan Széll Kalman est le troisième document en 6 mois. Il y a une version hongroise et une version anglaise qui a été envoyé à l’Union Européenne et ce ne sont pas les mêmes ! Ils parlent de « petites erreurs de traduction », mais il s’agit de paragraphes entiers ! C’est une double communication.

Pourquoi n’y a-t-il pas plus de personnes syndiquées en Hongrie ? Est-ce due à une assimilation au communisme ?

Environ 12% des salariés sont dans des syndicats. Il est difficile d’expliquer pourquoi nous n’arrivons pas à recruter. Une étude conduite en 2010 a montré que 10% des salariés non-syndiqués l’expliquaient en raison d’une assimilation au communisme. Malheureusement, durant ces 10 dernières années, il y a une baisse des recrutements. Les effectifs de la LIGA ont augmentés, mais ce sont seulement des mouvements internes aux syndicats.

Pas de dialogue social, peu de syndiqués, le tableau actuel parait bien sombre… Avec le gouvernement précédent vous aviez une possibilité de dialogue ?

Nous l’avions, mais il y avait de grave problème d’austérité. Nous faisions des manifestations aussi, mais à tout le moins ils ont essayé de s’expliquer. Il y a 6 mois nous avons envoyé des lettres, sans réponses. Depuis quelques mois nous manifestons, la prochaine étape sera les grèves.

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1 Réponses »

  1. C’est alors que le gouvernement a répondu : « ok, nous allons donc changer la loi constitutionnelle, et vous ne pourrez plus dire que c’est illégitime ». ...cette phrase resume plus que bien la logique et l'esprit de la "dictature majoritaire'' qui frappe désormais la Hongrie....

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