Budget 2011 : L’Etat hongrois prend l’argent là où il est !

La nationalisation des actifs des fonds de pension est la mesure la plus contestée du projet de budget pour l’an prochain élaboré par le gouvernement Orban. Mais les critiques portent avant tout sur la viabilité du système de financement de l'Etat, qui reposera largement sur des ressources provisoires, comme les « taxes de crise ».

 

Le ministre de l'économie György Matolcsy

Un déficit budgétaire sous haute surveillance

 

La définition des objectifs budgétaires de la Hongrie pour 2011 est tout d'abord contrainte par l'engagement pris auprès du FMI et de l'Union Européenne (UE) de réduire le déficit budgétaire à 3,8%  du PIB en 2010 et à 2,8% en 2011, suite au prêt de 20 milliards d'euros qui avait sauvé le pays de la faillite fin 2008.

Afin de réduire le déficit public, le gouvernement veut s'appuyer sur de nouvelles recettes issues de la nationalisation des actifs des fonds de pension privés et des taxes exceptionnelles de crise. Il envisage également des réductions des dépenses par une diminution du nombre de fonctionnaires et des frais de fonctionnement de l'administration publique, et espère enfin une relance de l'économie qui, encouragée par des réformes fiscales, permettrait d'atteindre une croissance de 3% du PIB.

L’Etat veut prendre le contrôle des fonds de pension privés

C'est le projet de passage des fonds de pension du privé au public qui provoque les plus virulentes réactions. En effet, près de 3000 milliards de forints, soit 11 milliards d'euros, pourraient passer sous le contrôle de l'Etat.

Le gouverneur adjoint de la banque centrale hongroise, Ferenc Karvalits, avait déjà mis en garde le gouvernement en déclarant, mercredi 10 novembre, qu'il existait un risque que la Hongrie ne puisse pas sortir de la procédure pour déficit excessif si la réduction du déficit passait par des mesures exceptionnelles, comme le fait de s'emparer des actifs des fonds de pension, et non par une fiscalité viable à long terme.

La Commission européenne a confirmé ces inquiétudes le 25 novembre dans un communiqué d'Amadeu Altafaj-Tardio, porte-parole du Commissaire européen aux affaires économiques et financière Olli Rehn. « Les dernières annonces des autorités hongroises sur le système de retraite nous inquiètent. Elles semblent aller vers la suppression totale des caisses de retraites privées obligatoires. » La Commission « serait préoccupée si l'argent accumulée dans les fonds de pension servait à financer les dépenses courantes, comme cela semble être le cas dans le projet de budget 2011 ».

Face à ces mesures particulières, l’OCDE avait également indiqué dans un document paru le 18 novembre que les autorités hongroises devaient « réaffirmer leur engagement à mener à bien une consolidation budgétaire crédible et durable ».

Quant aux caisses de retraites privées, directement concernées par les mesures, elles sont scandalisées par le projet et se disent prêtes à saisir la Cour constitutionnelle mais aussi la Cour européenne des droits de l'Homme de Strasbourg, si nécessaire.

Julianna Baba;  présidente de l'association Stabilitas qui regroupe les caisses de retraites privées, a déclaré jeudi dernier que les mesures étaient "en contradiction avec pratiquement tous les paragraphes de la Constitution, ainsi qu'avec les valeurs fondamentales de l'Union européenne".

Les taxes exceptionnelles n'apportent pas plus de stabilité à long terme

Christoph Rosenberg, chef de la délégation du FMI en visite à Budapest fin octobre, avait décrit le plan gouvernemental comme "courageux, mais risqué" lors d'une conférence de presse à Budapest. En effet, des impôts "de crise" portant sur les secteurs des télécommunications, de l'énergie et de la distribution devraient permettre de dégager 160 milliards de forints de recettes (582 millions d'euros) et une taxe spéciale sur le secteur bancaire devrait rapporter 200 milliards de forints annuellement sur les trois prochaines années. Mais le FMI considère qu'il s'agit de « mesures temporaires de distorsion qui pourraient menacer la durabilité budgétaire à moyen terme, accroître les incertitudes et finalement mettre en danger la croissance. »

Réduction des dépenses publiques

Le ministre de l'économie Gyorgy Matolcsy souhaite diminuer le nombre de fonctionnaires grâce à une suppression de 25 000 à 30 000 postes, principalement des départs en retraite, et réduire parallèlement les coûts généraux de fonctionnement des administrations publiques. La victime la plus remarquée des économies dans le secteur public sera le Conseil budgétaire réduit à néant. Dans le communiqué du 25 novembre, l'Union européenne s'est déclarée également préoccupée par certains changements qui pourraient ébranler la capacité d'institutions indépendantes à exercer une surveillance sérieuse.

Des prévisions de croissance optimistes

 

Enfin, il faut noter que le projet de budget 2011 repose sur une prévision de croissance de 3%, soutenue par des incitations fiscales pour les entreprises et par le récent plafonnement de l'impôt sur le revenu à 16%. Gyorgy Matolcsy se veut ambitieux mais réaliste, et balaie d'un revers de la main les prévisions de croissance de la Commission européenne, légèrement inférieures, à 2,8%, qu'il ne juge ni crédibles ni fondées, tout comme celles du FMI ou de l'OCDE, de 2,5% seulement.

Ce que le ministre de l'économie ne nous dit pas, c'est comment les mesures de soutien aux familles, les allègements d'impôts et la réduction des dépenses publiques suffiront à venir à bout d'un taux de chômage de près de 11%, qui atteint même près de 27% chez les 15-24 ans. Alors quand la Commission européenne indique dans ses prévisions semestrielles un déficit public de 4,7% en 2011 puis de 6,2% en 2012 pour la Hongrie, on  se dit, que le ministre de l'économie Matolcsy a à cœur de prouver que les Hongrois ne sont pas les éternels pessimistes que l’on croit.

Articles liés :

L’OCDE moins optimiste que le gouvernement sur la croissance et le déficit

Le PIB hongrois a augmenté de 0,8% au troisième trimestre

Le chômage stable à 10,9% au trimestre août-octobre

Le budget « Fidesz » 2011 anéantit le Conseil Fiscal

Chronique fiscale : Baisse à 16% de l’impôt sur le revenu

Taxes : pour Orbán, il n’y a plus de petites économies

Taxes « anti-crise » : Finances, Energie et Services en première ligne

Taxes spéciales : la deuxième offensive d’Orbán

Les banques vont devoir payer !


Marqué dans : , , , , , , ,

Laisser une réponse