Le jeune Jobbik convoite les Affaires Etrangères
Fort de sa légitimité démocratique, obtenue grâce à son score aux législatives (16.7% des suffrages), Jobbik, parti hongrois nationaliste vieux de 7 ans seulement, joue maintenant la carte de l’ouverture à l’international. Gabor Vona, leader du parti, brigue la direction d’une commission parlementaire des Affaires Etrangères, officiellement depuis le 21 avril dernier. Derrière cette grande ambition, une communication affûtée et un staff prêt à agir. A quelques mois de la présidence tournante de l’Union Européenne de la Hongrie (janvier 2011), Jobbik compte bien ne pas se retrouver sur le carreau, et jouer sur sa jeunesse, "Gardiste" (voir photo) ou plus institutionnelle.
Jobbik version Europe
24 octobre 2009, Budapest, un acte fondateur pour le parti radical nationaliste hongrois : la création de l’AMNE (l'Alliance des Mouvements Nationaux Européens). Dans les membres fondateurs, on retrouve le Front National français et son confrère belge, la Fiamma Tricolore italienne, le Parti National Démocrate suédois, le British National Party et, bien sûr Jobbik, hôte et initiateur de l’événement. Il y a là de quoi faire taire les doutes sur la sincérité de l’ouverture sur Bruxelles de ce lobby politique d'extrême droite "résolument" européen, bien qu'’il s’agisse d’un groupe opposé de façon primaire au Traité de Lisbonne, qui s’auto-désigne habilement comme «euro-réaliste». Ne serait-ce que le responsable des Relations Internationales chez Jobbik, l'ami du Français Bruno Gollnisch, le polyglotte Béla Kovacs, est un personnage qui mériterait toute l'attention des observateurs du phénomène de l'attirance stratégique vers l'extérieur de l'extrême droite hongroise.
Avec une eurodéputée juriste, spécialisée dans les Droits de l’Homme, qui n’hésite pas à discourir à Bruxelles sur la violence policière pendant les évènements d’octobre 2006, et qui va même jusqu’à remettre en cause le respect de ces mêmes Droits dans son propre pays, il n’apparait pas évident de charger Jobbik et d’en sortir victorieux, du moins d’un point de vue purement juridique. Et ce, même en avançant l’argument selon lequel l’instrumentalisation de la minorité Rom, transformée en bouc-émissaire pour des besoins électoraux, ne semble pas franchement en phase avec la vision universelle que l’on peut avoir des dits "Droits de l’Homme"...
La « com », une spécialité Jobbik
Un tout nouveau site internet dans la langue de Shakespeare pour officiellement faciliter l’accès aux valeurs et aux actions du parti pour les non-magyarophones. Même une Google toolbar, customisée à l’effigie du parti, existe. Jobbik utilise internet comme un véritable outil fédérateur et publicitaire, et sa présence sur la toile, ainsi que celle de ses partisans (en particulier le portail www.kuruc.info, hébergé aux Etats-Unis) ne date pas d'hier. Depuis longtemps, l'extrême-droite hongroise est très présente sur le web et l'utilise de façon à non seulement se faire connaître, mais aussi y partager ses idées, pour créer un réseau communautaire fort et dense.
Les coups de pub médiatiques sont aussi très importants, infaillibles pour rallier ceux qui seraient encore hésitants. Dans ce domaine, la Magyar Garda tombe à point nommé. Dissoute par décision judiciaire, la milice liée au parti désormais légitime démocratiquement, est "victimisée", et du même coup, très utile médiatiquement. Chaque événement de la Garda ne laisse jamais la presse insensible, et, sans en avoir l’air, "mission accomplie" puisqu’on parle du parti.
Difficile également, en ce début de période festive en Hongrie, de ne pas faire le lien entre la volonté de Jobbik de rallier les nationalismes étrangers autour de lui et l'existence presque ironique du Magyar Sziget, version nationaliste européenne du fameux Sziget festival, qui lui, accueille toujours plus "la décadence délurée" européenne.
A l’image de leur toute nouvelle porte-parole nationale, Dora Duro (tout juste 23 ans), les jeunes sont loin d’être insensibles au discours de l'extrême-droite. Pas une grosse nouvelle en soi, sauf si l’on considère l’atout que cela représente pour la communication du parti. Ces jeunes, souvent éduqués, manient assez bien l’anglais, jusqu'à quelque fois s'acoquiner avec certaines moeurs occidentales pas très bien vues dans le parti. Il est d'ailleurs facilement vérifiable que les autres formations politiques hongroises n'ont pas de site internet aussi complet en anglais que celui de Jobbik, où l’on retrouve, entre autres, une solide argumentation démontant point par point les accusations de nazisme, d'antisémitisme et autres "–ismes" peu reluisants, qui viseraient à entâcher la réputation du ô combien propre sur soi Jobbik.
A côté, pour des "éléphants" socialistes tels que Lazslo Kovacs, la gestion de cette commission des Affaires Etrangères par Jobbik risquerait de desservir l’image de la Hongrie à l’étranger. Et lui de rappeler également que c’est quand même bien à ce parti que l’on doit l’idée de quitter l’Union Européenne, ce qui avait donné lieu à des réactions plutôt négatives au sein de la communauté d'Etats partenaires.
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