Ukraine: inamovible Yanukovych
L'Ukraine votait hier au premier tour de ses élections présidentielles, 5 ans après la fameuse "révolution" orange. Sans surprise, Viktor Ianoukovitch sort comme d'habitude en tête, avec 38% des voix, devant Ioula Timochenko à 25%. Arrivé cinquième de l'élection avec moins de 6% des suffrages, le président sortant Viktor Iouchtchenko n'aura pas, cette fois-ci, la tentation d'avoir recours à un scénario de services secrets russophiles, puisqu'il a lui-même empoisonné la vie politique de son pays pendant 5 ans. En attendant le second tour le 7 février, l'instabilité politique intérieure de l'Ukraine pourrait être à son paroxysme.
Viktor Ianoukovitch avait déja gagné les dernières présidentielles, mais, suspecté de fraudes, il avait dû accepter de refaire l'élection, en grande partie sous pression internationale. Les accusations préventives de fraudes électorales dans l'entre deux tours sont à nouveau au rendez-vous bien sûr, menées cette fois par Ioula Timoshenko. On note enfin que l'abstention à ce premier tour (60% de participation contre 75% en décembre 2004) montre un peuple ukrainien quelque peu intoxiqué par son élan démocratique.
Les élections en Ukraine, des isoloirs au tribunal
La seule surprise de ce premier tour est peut-être l'écart écrasant de Viktor Ianoukovitch sur sa dauphine. Etrangement jugé peu charismatique par la majorité des médias occidentaux, il semble cependant difficile, voire impossible, en tous cas en Ukraine, de remettre le vieux russophone au placard. L'Ukraine était déja réputée pour la fragilité de ses institutions démocratiques, ca ne s'arrangera pas en pleine élection. Avec la catastrophe naturelle survenue en Haïti, et la couverture médiatique qu'elle impose, on peut s'attendre à ce que la couleur orange soit définitivement démodée du côté de Kiev, et à ce qu'il n'y ait pas de putsch médiatique cette année. Par contre, c'est une bataille juridique qui est prévue dans trois semaines, tant la méfiance règne entre les candidats au moment des tractations.
Bien que la Commission électorale (ce n'étaient pas les observateurs venus du monde entier qui manquaient) ait écartée la possibilité de fraudes massives qui auraient pu influencer les résultats, certains perdants, mais aussi Timochenko elle-même, criaient déja au vol avant la tombée des premiers résultats hier soir. Cette dernière en a profité bien sûr pour commencer à rassembler "les forces démocratiques" autour d'elle et à diaboliser son adversaire : avec elle, il s'agit d' "emmener l’Ukraine sur la voie de l’Europe civilisée."
Yanukovych, l'homme à abattre
De son côté, même s'il est bien seul, l'homme fort de l'élection entend également faire des propositions aux citoyens déçus qui n'ont pas encore voté pour lui. Et il s'en sort plutôt bien, puisqu'au vu des sondages il part avec une longueur d'avance au second tour. Le gros problème pour Ianoukovitch sera d'arriver à séduire plus que les russophiles d'Ukraine tout en conservant ces derniers dans ses rangs. En effet, si son opposition à Iouchtchenko il y a cinq ans était frontale géopolitiquement, elle est beaucoup plus nuancée avec Timochenko. Lorsqu'elle fût Premier Ministre, celle-ci a su personnaliser en sa faveur le rapprochement de l'Ukraine avec la Russie d'un côté, et avec l'Union Européenne de l'autre. Elle serait même particulièrement appréciée par Vladimir Poutine en personne, c'est dire...
Ianoukovitch, quant à lui, n'est plus contre l'intégration, à terme, de l'Ukraine à l'UE. A priori, malheureusement pour Ioula Timochenko, c'est à Kiev que tout cela devrait finalement se décider le 7 février prochain, pas à Bruxelles, ni à Moscou. Et si le scrutin se passe bien, c'est surtout au peuple ukrainien qu'elle devra s'adresser, pour les convaincre de trahir l'homme auquel il a régulièrement montré sa fidélité, à chaque élection depuis 2004.
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