Voïvodine: une autonomie de façade?

Le Parlement régional de Voïvodine a entériné, lundi dernier, son nouveau statut, plus autonome, approuvé par le Parlement serbe un peu plus tôt. Parallèlement à cela, une nouvelle loi renforcera les institutions propres à chaque minorité ethnique. En visite dans le Nord de la Serbie, le Président hongrois, Laszlo Solyom, a rendu hommage à l'attitude positive de Belgrade.

Carte de la Serbie avec en rose la Vojvodine et en pointillés le KosovoDepuis le coeur de la minorité hongroise de Subotica (en hongrois, Szabadka), le Président de la République de Hongrie s’est félicité des gestes positifs des autorités serbes envers les minorités de Voïvodine, qui représentent plus du quart de ses deux millions d’habitants. En plus d’une autonomie élargie de cette province, la Serbie s’est en effet dotée d’une nouvelle loi élargissant les compétences des "Conseils ethniques", les organes représentatifs des différentes minorités.

"Cette loi est une énorme opportunité pour les minorités de Serbie d’atteindre une auto-gouvernance culturelle complète. C’est une avancée extrêmement significative vers l’autonomie.", a réagit Laszlo Solyom. Dans un discours prononcé depuis une école secondaire locale, Solyom a aussi qualifié cette loi d’ "exemplaire" , ajoutant même que "cette chance serait inconcevable dans certains autres pays multiethniques." Il a aussi encouragé les membres de la communauté hongroise a revendiquer leur origine ethnique en allant s’enregistrer sur les listes électorales. Selon la nouvelle loi, 118.000 signatures sont nécessaires pour que la minorité hongroise se dote de son Conseil national. Cela ne devrait être qu'une formalité, puisque le nombre de Hongrois s’éleve à près de 300.000 en Serbie.

Un tout autre son de cloche

Pal SandorDans une interview accordée cette semaine au Courrier des Balkans, le président de l’Union démocratique des Hongrois de Voïvodine, Pal Sandor, a pour sa part dénoncé le nouveau statut de la Voïvodine, qu’il qualifie d’ "imposture". Même si le poids de son parti est désormais marginal, il est une figure historique et influente au sein même de la minorité hongroise. Il insiste sur le fait que la capitale serbe contrôlera toujours financièrement la province, puisque le budget alloué à la Voïvodine reste une prérogative de Belgrade. "Nous ne récolterons que 7% du revenu national brut alors que nous en réalisons 43% !", s’insurge-t-il. "Le président du Parlement de la province est hongrois, mais il ne s’agit là que d’une vitrine. Les Hongrois n’ont pas de véritable poids politique. [...] Il y aura autant d’autonomie que les Serbes en décideront, comme bon leur semblera." Pal Sandor juge aussi sévèrement la situation au quotidien de la minorité en Serbie. "On vient de profaner 46 tombes dans un cimetière catholique hongrois. Les Hongrois sont constamment soumis à une pression psychologique que j’appelle « psycho-terreur ». Il existe un conflit de basse intensité sur tout le territoire de Voïvodine."

Petit éclairage historique

La région multiethnique de  Voïvodine avait jouit d’une quasi-indépendance du temps de la Yougoslavie de Tito avant de devenir une région sinistrée par le pillage systématique de ses ressources par Belgrade et par sa mise en coupe réglée par Slobodan Milosevic, à partir de la fin des années 80. Bien qu’elle n’ait pas été le théâtre direct de combats, sa composition multiculturelle a grandement souffert de l’afflux de réfugiés serbes de Croatie et de Bosnie, puis de la guerre au Kosovo. Ces dernières années, les tensions communautaires ont été exacerbées et les incidents à caractère ethnique se sont multipliés, notamment entre des jeunes Hongrois et des réfugiés serbes.

Après l’entrée dans l’Union européenne de la Slovaquie -en même temps que la Hongrie- puis de la Roumanie le 1er janvier 2007, les Hongrois de Serbie constituent, à l’exception des 150.000 Hongrois d’Ukraine, la dernière minorité hongroise importante du bassin des Carpates, encore non-intégrée à l’Union européenne.

L'implication slovaque

Au début du mois, une rencontre entre le Président slovaque, Ivan Gasparovic, et le Premier ministre serbe Mirko Cvetkovic, a été l’occasion pour les deux pays, voisins de la Hongrie, de resserrer leurs liens et de réaffirmer leur position diplomatique commune en ce qui concerne le Kosovo, à savoir le respect scrupuleux du droit international, et la non reconnaissance de l'indépendance kosovare. Au contraire, la Hongrie avait été un des premiers Etats à reconnaître le Kosovo comme un Etat indépendant. La position intransigeante de la Slovaquie s’explique avant tout par le fait qu'elle craint que le précédent du Kosovo n’encourage les revendications autonomistes des quelques 500.000 Hongrois du sud du pays. Un rapprochement des deux pays qui n’est cependant pas forcément dommageable pour les Hongrois de Voïvodine car, cette région abritant aussi une minorité slovaque d'environ 50.000 individus, la Slovaquie partage finalement des intérêts convergents avec la Hongrie.

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