Barroso II: la chasse aux sorcières est ouverte

laszlo Andor, futur commissaire européen hongroisEn février prochain, les membres de la nouvelle Commission européenne qui viennent d'être nommés par le président Barroso prendront leur fonction. Valider chaque candidature présentée par les gouvernements nationaux n'est pas évident, car il s'agit de ne pas se tromper sur les profils des futurs commissaires, afin que l'institution ne soit pas fragilisée. Le plus dur pour les nouveaux impétrants sera le "grand oral" devant le Parlement européen, renforcé dans ses prérogatives depuis la mise en place récente du Traité de Lisbonne. Pour la Hongrie, c'est Laszlo Andor, pressenti pour le porte-feuille de l'emploi et des affaires sociales, qui devrait remplacer Laszlo Kovacs.

Un passé qui ne passe pas

Lorsqu'il a rencontré chaque candidat national, José Manuel Barroso n'a pas hésité à «demander s'ils cachaient quelque chose de gênant dans leur passé», fut-il politique ou économique. En effet, une seule candidature bancale pourrait faire capoter toute la nouvelle Commission. La question n'était pas innocente, car à peine présentés, certains des nouveaux membres étaient déjà pointés du doigt.

Le gouvernement socialiste de Gordon Bajnai a présenté la candidature d'un quasi inconnu, Laszlo Andor. Cet économiste de 43 ans a enseigné en Hongrie et aux Etats-Unis. Il a aussi publié plusieurs ouvrages économiques et est rédacteur en chef d'une revue. Membre de la direction de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement, Laszlo Andor  représente notamment les intérêts de la République Tchèque, de la Slovaquie, de la Croatie et de la Hongrie. Proche des socialistes, il ne fait pas pour autant partie du sérail. Malgré son poste à la BERD, on lui reproche son manque d'expérience au sein d'organisations internationales.

Le problème des "casserolles" communistes

Petit retour en arrière... Lorsque Laszlo Kovacs, en charge de la fiscalité et de l'union douanière jusqu'en janvier, avait été nommé, le principal reproche qu'on lui avait fait avait été son manque d'expérience. Curieusement, rien sur son passé. Ce qui n'est pas le cas pour Laszlo Andor, à qui on reproche d'avoir été membre des jeunesses communistes. Pour Kovacs, était-ce juste trop évident? Toutefois, il va être difficile de trouver un candidat hongrois âgé de plus de 25 ans qui n'aie pas un passé parsemé de compromis et qui soit proche du gouvernement actuel. En effet, sous le régime communiste, difficile d'intégrer une école supérieure sans montrer patte blanche.

Par ailleurs, le futur commissaire tchèque est accusé des mêmes maux. Mais les candidats des anciens pays du bloc soviétique ne sont pas les seuls touchés par cette chasse aux sorcières. Les conservateurs britanniques ont aussi reproché à la nouvelle chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, d'avoir touché, de la part de pays communistes de l'argent pour financer au début des années 80, la campagne britannique pour le désarmement nucléaire. Et c'est sans parler du doute émis sur ses compétences.
Il s'agit là d'un exercice à double tranchant. Car il y a, en Europe, nombre d'anciens régimes politiques, non seulement à l'Est, mais aussi au Sud (Espagne de Franco, Portugal de Salazar, le régime des colonels en Grèce), qui en leur temps ont été mis au ban des démocraties, et dont, heureusement, on ne met pas encore en doute aujourd'hui, ni la compétence, ni l'intégrité des candidats.


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